Racloir

Dates

  • Du 29/01 au 01/02/15 au Théâtre de L'Échangeur - Bagnolet
  • Le 12/06/14 à l'Espace des anges - Mende
  • Le 05/06/14 au Théâtre des Bernardines

Crédits

Mise en scène : Alexis Forestier
Musique : Franck Vigroux

Textes de : Walter Benjamin (l'ange de l'histoire) et de Heiner Müller (issus des poèmes traduits par Jean Jourdheuil et Jean- Fançois Peyret - Bourgois)

Régie son : Perrine Cado
Régie général
e : Carlos Duarte
Régie générale : Michel Simonot ()
 
Production : Compagnie d'Autres cordes
Coproduction : Cie Les Endimanchés

Racloir est une forme entre musique et théâtre, qui puise sa dramaturgie aussi bien dans les textes que dans le sonore. La présence de la parole alterne entre le parlé et le chanté/scandé, entre les textes en allemand (chantés) et leur traduction…

Une installation scénique est manipulée à vue et la musique crée à la fois une épaisseur, un soubassement et le support pour l'apparition du texte, influant sur les hauteurs, les tessitures, les registres et les timbres de voix. Le dispositif instrumental est présent sur scène avec les interprètes musiciens qui vont de l'un à l'autre suivant la partition où se croisent machines électroniques, guitares électriques, claviers, magnétophones à bande.

La musique brise ici les formes, fracasse les esthétiques qu'elle approche, en totale adéquation avec l'écriture d'Heiner Müller.

L'ange de l'histoire

Qu'il s'agisse de la terreur de l'Ange[1], qui selon Benjamin est tourné vers le passé, là où ne cessent de s'amonceler ruines sur ruines, pour former une catastrophe néanmoins massive et homogène ou de l'effroi de l'ange malchanceux de Heiner Müller tourné vers un futur qui s'amasse devant lui jusqu'à l'aveugler ou l'étouffer, le regard de l'ange, et, partant, sa situation semblent être exposés, condamnés à la fréquentation de paysages dévastés, seuls à mêmes de nous révéler le vertige de l'histoire à travers l'instant de leur aperception; la fixation d'un point dans le chaos pourrait être la formule empruntée à Paul Klee. Ce vertige, selon Benjamin, révèle l'image fulgurante de l'utopie, ce qui n'a pas encore de lieu et menace de se dissoudre au moment même de son apparition, nous laissant dans une fragilité de l'instant, entre les ruines du passé et la catastrophe du progrès. Cette conception rompt aussi bien avec une croyance en le progrès qu'avec une lecture faussement linéaire de l'histoire; de même que "l'image vraie du passé passe en un éclair", le surgissement du nouveau, l'accès à l'inconnu peuvent avoir lieu en de telles fulgurances. Vertige encore que celui de l'instant refermé sur lui-même selon Müller, pétrification soudaine devant la conscience et l'épaisseur du temps, arrêt, repos nécessaire dans l'attente d'une reprise de souffle, d'un événement, dans l'attente de l'histoire...

Notes

[1] Dans "Sur le concept d'histoire" Walter Benjamin s'appuie sur un tableau de Paul Klee "l'Angelus Novus" pour former cette allégorie.